Gagner la lutte contre le cancer

Gagner la lutte contre le cancer

27 janvier 2020 0 Par Marion Henry

La découverte dont la République n’a pas voulu

Sylvie Beljanski

éd Le souffle d’Or, septembre 2019, 22 euros

Produits Beljanski : ange ou démon ?

Qui n’a jamais entendu parler des produits Beljanski ? « Les » Beljanski comme on dit même parfois, du nom du couple qui les a mis au point. Ce nom finit toujours par arriver à nos oreilles en cas de cancer. Ils sont réputés atténuer les effets secondaire des chimios et des rayons et améliorer l’efficacité de ces traitements. C’est une panacée pour certain.e.s, une arnaque vendue à prix d’or pour d’autres. Je ne suis pas en mesure de trancher sur la question de leur pertinence ou pas en cas de cancer. Par contre la manière dont ils ont été éradiqués du monde des compléments alimentaires est proprement scandaleuse et injustifiable.

Une attaque disproportionnée

Car ces produits 100 % naturels ont été estimés suffisamment dangereux par l’état français pour qu’il envoie le GIGN saisir et détruire tous les stocks, confisquer le matériel de fabrication, détruire toute trace des différentes recettes et arrêter leur créateur. Mirko Beljanski, alors âgé de 73 ans a été emprisonné puis assigné à résidence comme s’il mettait la sécurité de l’état en danger. Et il n’a jamais été question d’armes bactériologiques dans cette histoire mais de faire la « promotion de médicaments non autorisés et de tromperies sur leurs propriétés ». C’était en 1996 et à l’heure actuelle bien des mystères persistent autour de la virulence avec laquelle ces produits ont été attaqués.

Un parcours scientifique prestigieux

C’est ce que tente de comprendre dans ce livre Sylvie Beljanski qui est la fille de Monique et Mirko Beljanski. Elle reprend tous les faits, dresse le contexte de l’époque et nous fait cheminer dans son propre parcours qui l’a mené bien malgré elle à relancer la production et la commercialisation des produits Beljanski. En effet, avocate de formation elle a d’abord défendu ses parents devant les tribunaux puis elle a créé avec d’autres la fondation Beljanski qui reprend et poursuit les travaux de ses parents. Elle retrace aussi les grands axes de la carrière des époux Beljanski, tous deux biologistes et chercheurs à l’Institut Pasteur. Leur travail sur le cancer a mené à plusieurs découvertes essentielles dont certaines remettaient en cause certains dogmes dominants de l’époque. Ce qui leur a valu quelques ennemis opiniâtres, qui ne souhaitaient pas voir leur propres travaux remis en cause alors qu’ils étaient couronnés par un prix Nobel. L’auteure explique simplement, de manière très accessible, les grandes lignes de ces découvertes en biologie moléculaire et quels axes novateurs ils permettaient pour la recherche contre le cancer.

Quand l’industrie pharmaceutique s’en mêle…

On prend la mesure également des enjeux économiques. Le cancer est une manne pour l’industrie pharmaceutique, il n’est pas question de trouver et commercialiser des substances naturelles et donc non brevetables qui permettraient d’optimiser les soins… et de diminuer les coûts des traitements médicamenteux.

Et la politique…

Aux rivalités scientifiques et aux critères économiques se mêlent encore d’autres enjeux, politiques cette fois, quand on apprend que François Mitterrand a utilisé les produits Beljanski pour lutter contre un cancer avancé de la prostate alors qu’il était encore président. De son vivant, les époux Beljanski étaient protégés. Ce ne fut plus le cas à sa mort en cette même année 1996…

En conclusion

Ce livre est aisé à lire et même plutôt prenant. Il est riche en informations sur des niveaux très variés car l’auteure n’ayant pas de formation scientifique a dû elle-même comprendre les différentes problématiques. Le ton du livre est très personnel, car bon nombres d’enjeux émotionnels se mêlent à son histoire. Elle est convaincue du bien fondé des produits développés par le couple Beljanski et elle en présente également les limites : ces produits étant pour certains des concentrés de plantes exotiques, l’approvisionnement est réduit et le coût élevé. Ils ne peuvent donc par essence pas être des produits démocratiques, destinés au plus grands nombre. Mais Beljansky avait le projet de travailler sur les vertus de bien d’autres plantes, bien plus répandues comme certains thés notamment. Il a été fauché en plein vol.

Lire ce livre et le faire acquérir par votre bibliothèque municipale, c’est rétablir un brin de justice dans cette triste histoire.